UNE AUTO, UN MORCEAU : RENAULT SUPERCINQ & LES COSTA
Début 1985, les Costa auraient pu inviter la Supercinq GT Turbo pour son lancement dans les studios d’NRJ ! Même si j’ose imaginer que ces derniers étaient déjà un peu plus modernes que ça… (image générée par IA)
Au-delà du fait, purement anecdotique pour vous, que c’est la voiture (diesel, 55 ch, hein…) sur laquelle j’ai appris à conduire, la Supercinq, éternelle rivale de la 205, s’est tellement bien vendue qu’elle était incontournable dans le paysage automobile français des années 80. Retour sur une évolution qui était bien plus qu’un restylage, ainsi que sur le son FM des années 80 et de la plus emblématique de ses stations, j’ai nommé… NRJ !
Dans ces années-là, la politique Produit de la Régie Nationale des Usines Renault ne ressemble pas vraiment à ce que les Constructeurs pratiquent depuis maintenant plus d’une vingtaine d’années. Il suffit de penser au délai qu’a nécessité le simple lancement d’une version 5 portes sur la Renault 5 : 8 ans, soit plus que la durée de vie d’un produit communément admise jusqu’à récemment dans cette industrie ! Aussi, quand arrive l’inéluctable remplacement de cette poule aux œufs d’or, le Constructeur de Billancourt, qui a en parallèle d’autres cats à fouetter outre-Atlantique, se retrouve bien dépourvu, notamment et surtout en inspiration.
Il est dans une position opposée à celle de son rival sochalien, qui tente le tout pour le tout avec la 205 pour se sortir d’une situation financière et commerciale critique. Sa présence en segment B étant quasi inexistante, sans faire offense à la 104, celui-ci peut se permettre de partir d’une feuille blanche pour arriver avec une proposition que l’on qualifierait sans doute aujourd’hui du terme monstrueux de « disruptive ». Au contraire, Renault, bien que dans un contexte financier guère plus enviable (à la nuance – plus que notable – près de pouvoir alors compter quasi indéfiniment sur le contribuable français pour se renflouer), fait face à un problème bien différent : remplacer un best-seller. Et, avec le recul, on a l’impression que cet enjeu a tétanisé les forces vives de l’entreprise, qui ont validé de tout changer techniquement à condition que rien ne change, ou presque, visuellement. Et c’est ainsi que la nouvelle Renault 5 est présentée au Salon de Paris 1984 pour succéder à la Renault 5 devenue Lauréate sur ses derniers vieux jours (on n’avait pas encore théorisé la notion de gamme de run-out pour gérer la fin de vie commerciale et industrielle d’un modèle, mais c’en était bien une avant l’heure, sans doute une des premières).
Historiquement, Renault, pour la présentation de la Supercinq au Salon de Paris 1984, a été, pour moi, le premier à ouvrir les hostilités des stands spectaculaires avec cette maquette géante qui pouvait se visiter ! (source : caradisiac.com)
On se rend mieux compte ici en conditions d’exploitation de la taille de la structure, construite à la limite technique de hauteur admissible, et qui était visible depuis tout le Hall 1. (source : newsdanciennes.com)
Déjà, le fait de garder la même nomenclature de dénomination, Renault 5, est inhabituel pour la Marque qui d’habitude change de numérotation en changeant de modèle (Renault 14 > Renault 11 > Renault 19, Renault 12 > Renault 18 > Renault 21, Renault 16 > Renault 20/30 > Renault 25, sans parler de Renault 15/17 > Renault Fuego, etc.). Introduire en même temps le patronyme supplémentaire Supercinq (qui ne sera d’ailleurs jamais officialisé en logotype sur voiture) témoigne de la difficulté pour l’équipe Marketing d’assumer la succession et de devoir positionner la nouveauté, dont le moindre paradoxe n’est pas de devoir camoufler un contenu technique très différent (notamment par le passage d’une architecture longitudinale à transversale) sous une robe – dessinée par Marcello Gandini – très proche de la précédente – sans compter l’appellation, donc.
De manière générale, la carrière de la Supercinq sera un beau cas d’école de Marketing automobile, entre diversification de gamme à outrance pour ratisser au plus large, séries spéciales nombreuses et créatives, et recentrage sur les versions « entry » dès l’arrivée de sa remplaçante, la Clio.
Le film de lancement assume et met en scène la filiation entre les deux générations, avec un clin d’œil au film de lancement de 1972, avant de basculer de manière plus surprenante dans l’univers (censé être plus moderne ?) des super-héros. (source : youtube.com/@streetrider1958)
Le catalogue de lancement met principalement en avant la version haut de gamme TSE en couleur Grenade. (collection personnelle)
Renault est encore dans une période où ils n’hésitent pas à forcer sur la vulgarisation technologique, d’autant qu’il faut bien marquer la différence avec la précédente sur ce point, malgré des moteurs peu modernes au lancement. (collection personnelle)
Dès le catalogue de lancement, la version Coupe destinée à une formule monotype en circuit (et donc non commercialisée au grand public, bien que bizarrement présentée ici) anticipe la version GT Turbo qui arrivera quelques mois plus tard. (collection personnelle)
La Coupe (bien que rebadgée GT Turbo) sera également présentée sur le stand du Salon de Paris. (source : caradisiac.com)
Début 1985 arrive la GT Turbo, qui fait l’objet d’un dépliant tiré à part, n’hésitant pas à mettre en avant sa promesse principale : la vmax. Autres temps, autres mœurs, avant la « jurisprudence CX Turbo »… (collection personnelle)
La GT Turbo, version « image » par excellence, a bien sûr droit à son spot pub dédié… (source : youtube.com/@streetrider1958)
Le printemps 1985 voit également l’arrivée de la version Société, elle aussi présentée en rouge mais non métallisé. (collection personnelle)
Les catalogues 1985 et 1986 seront identiques, à l’exception de l’intégration des versions Diesel. C’est sur une TD auto-école que j’ai pris tous mes cours de conduite et obtenu mon permis début 1990… avant de me lancer sur mes 205 GTI ! (collection personnelle)
Ces catalogues sont construits autour d’une idée créative en vogue à cette époque, qui mêle bande dessinée et roman-photo. Cela justifie que je vous propose le document entier, pour suivre les aventures haletantes de « Kleptoman » ! (à feuilleter en cliquant sur les flèches à gauche en bordure de cadre pour faire défiler) (collection personnelle)
Contrairement à la stratégie de la 205, mais dans la ligne de celle de la R5, la version 5 portes est lancée en second dès mai 1985, avec un empattement allongé au bénéfice de l’habitabilité. L’occasion d’un nouveau spot qui intègre aussi la GT Turbo. (source : youtube.com/@streetrider1958)
La version Société est intégrée au catalogue Utilitaires AM 86. Tout au long de sa carrière, elle sera rattachée suivant les catalogues aux véhicules Société ou Utilitaires. (collection personnelle)
1986, nouveau spot qui met en avant la 5 portes et cible clairement la clientèle féminine. À cette époque sans airbag, on pouvait encore déplier ses jambes sur le tableau de bord et en tirer fierté… (source : youtube.com/@Archipub)
Au niveau cosmétique, la Phase 2 ne se distingue que par des évolutions mineures, notamment la calandre. On ne change pas une recette qui gagne… Dépliant et catalogues couvrent un double millésime, 1987-1988. (collection personnelle)
La Phase 2 voit enfin l’apparition d’un moteur moderne, le « F » 1 721 cm³ en complément des anciens Cléon. À cette occasion, une nouvelle finition supérieure GTX voit le jour. (collection personnelle)
Une finition encore plus haut de gamme est également lancée : la Baccara, qui fait l’objet d’un dépliant tiré à part. (collection personnelle)
Pléthore d’équipements au programme, dont le cuir et la mythique housse à costume sous la tablette AR. (collection personnelle)
Pour cette nouvelle version, un spot pub dédié est bien entendu de la partie. (source : dailymotion.com/@automania-off)
Le catalogue « Société » de juin 1987, dont la couverture fleure bon le photomontage, intègre lui aussi la Supercinq Phase 2. La double page intérieure de présentation sera ensuite reprise de manière inchangée dans tous les catalogues jusqu’à la disparition de la Supercinq Société. (collection personnelle)
La Supercinq est aussi intégrée au catalogue Utilitaires de janvier 1988. (collection personnelle)
Les séries spéciales viennent animer la gamme assez tôt. La Schuss inaugure l’esprit « sports de glisse ». (source : youtube.com/@streetrider1958)
Catalogue AM 89 que j’ai dans sa version française et anglaise. Vous allez voir que les différences ne se limitent pas au côté du volant et aux essuie-glaces… (collection personnelle)
La double page d’ouverture donne une bonne idée de la diversité considérable de la gamme, incluant une improbable version GTR, oui, comme la Nissan Skyline ou d’autres monstres sacrés… (collection personnelle)
La gamme anglaise – légèrement – moins fournie, réserve deux surprises : la Five qui devient Campus (niveau traduction, ça se comprend), et la Baccara rebaptisée Monaco. Problème de droits ? (collection personnelle)
La NRJ, historiquement première série spéciale Supercinq, connaîtra suffisamment de succès pour être reconduite deux fois, comme dans ce catalogue AM 89. Elle inspirera le choix musical de cet article… Admirez le parti pris coloriel de la sellerie ! (collection personnelle)
La Spring, plus entrée de gamme, toujours en 1989. (collection personnelle)
La Tiga initie la mode des partenariats windsurfing, avant Quiksilver, Rip Curl… (collection personnelle)
Les catalogues « Société » AM 89 mettent d’abord en vedette la Supercinq, puis la nouveauté 19. (collection personnelle)
L’AM 90 prépare l’arrivée de la Clio en simplifiant la gamme qui devient « Saga » (hors Five, Baccara et GT Turbo), mieux équipée et initiant le run-out. (collection personnelle)
Nouveau spot pub pour l’occasion, avec teinte hors catalogue osée… (source : youtube.com/@automania-off)
La brochure Gamme Utilitaires AM 90 met en avant une curieuse (vu le volume utile) version GPL, que l’on ne retrouvera dans aucun autre catalogue. Une transformation seconde monte ? (collection personnelle)
La Supercinq Société est toujours présente dans les catalogues Utilitaires des AM 90 et 91. (collection personnelle)
Nouvelle série spéciale Carte Jeunes pour l’AM 91, avec une curiosité : un dépliant partagé avec la R4 du même nom. (collection personnelle)
Après la sortie de la Clio, la Supercinq servira d’entrée de gamme accessible avec la Five survivante, à partir de 1991. (collection personnelle)
Jusqu’en 1994, seules les couvertures des catalogues changent… (collection personnelle)
… l’intérieur restant invariable à l’exception de la voiture verte de profil qui devient rouge en 1993… (collection personnelle)
… pour le reste, c’est constant. (collection personnelle)
Couvertures des catalogues « Société » des AM 91, 93 et 94, qui font encore figurer la Supercinq. Celle-ci sera présente jusque dans le catalogue 95/96, soit une disparition en même temps que le VP ! (collection personnelle)
En 1992, la série spéciale Campus (appellation remontant à la première R5 et utilisée en gamme régulière en Angleterre) en est à sa troisième fournée. (collection personnelle)
L’appellation Saga ressuscite en 1996 pour faire catalogue commun avec la Five. Niveau séries spéciales Supercinq, faut suivre, hein !… (collection personnelle)
Après 12 ans de carrière, une longévité exceptionnelle, il est temps, fin 1996, de tirer sa révérence non sans une ultime série spéciale « Bye-Bye ». Pour l’anecdote, bien que le catalogue dise « la moins chère des Renault ne sera plus en vente l’année prochaine », il en sera tiré deux éditions sur les deux AM 96 et 97 ! (collection personnelle)
La Supercinq ne disparaîtra pas complètement après l’arrêt de la Bye-Bye ; son dérivé utilitaire Express lui survivra en effet jusqu’en 2000, ayant connu lui aussi un succès mérité face à un concurrent pourtant coriace, le Citroën C15.
J’ai spontanément associé la Supercinq aux Costa, d’une part parce que ce son très années 80 colle bien avec la voiture, d’autre part et surtout à cause de la série spéciale NRJ, ce duo de frères, Georges et Michel, étant indissociable de l’identité sonore de cette station. Ils en ont en effet signé les liners (jingles d’habillage) pour une longue période.
Leur incursion dans la musique a été beaucoup plus discrète… voire confidentielle. Surtout connus en 1982 pour « Cocotiers », qui procède de la même touche sonore, ils ont donc récidivé en 1983 avec « Musique magique », un titre tout aussi joyeux que je lui préfère pour son rythme plus fluide. À l’écoute, aucun doute : on est bien en plein dans les années 80, et on peut tout à fait s’imaginer au volant d’une Supercinq à l’écoute d’NRJ, emblématique de cette période d’explosion de la FM !
Que l’on me pardonne la piètre qualité de ce document (cravates fines, pantalon « slim » en cuir, coupe « buisson » et « claps » inclus), mais il s’agit de la seule vidéo disponible de « Musique magique » ! Sinon, on trouve plusieurs versions audio « propres », par exemple ici. En revanche, le morceau n’existe pas en version longue, ni en enregistrement CD malgré l’époque. Sorti trop tôt, en trop faible volume ? (source : danslombredesstudios.blogspot.com)
Ça risque de vous rappeler des souvenirs… dont le mythique « Il est exactement… » La compilation des jingles d’habillage NRJ dans la deuxième moitié des années 80, tous faits par les Costa ! On y retrouve d’ailleurs un recyclage de « Musique magique »… (source : youtube.com/@SebastienJacob)
Les Costa commettront une deuxième salve de jingles pour NRJ au début des années 90. (source : youtube.com/@SebastienJacob)
Au fil des années, ils travailleront pour la quasi-totalité des radios françaises « généralistes », comme ici Nostalgie. (source : danslombredesstudios.blogspot.com)
Et encore plein d’autres gingles ici… Ils ont vraiment été prolifiques. En même temps, ils en ont fait leur job…
Et en cadeau bonus, une interview inté-récente d’un des frères Costa, Georges, qui explique leur travail ! (source : youtube.com/@LesVoixDuDoublage)