UNE AUTO, UN MORCEAU : CARAT BY DUCHATELET & CHRISTOPHER CROSS

 Ambiance typiquement californienne années 80 : Mercedes Classe S W126 Carat by Duchatelet blanche jantes blanches, jet privé et Christopher Cross avec, bien sûr, son flamant rose emblématique ! (image générée par IA) 

À quoi peut bien tenir une web-réputation ?  Est-ce que Duchatelet, quand un obscur collectionneur de catalogues leur a écrit un beau jour de 1986, et qu’ils ont pris le temps de le considérer et de lui envoyer toute leur documentation, pouvait s’imaginer que, 40 ans plus tard, cela ferait l’objet d’une mise en valeur grâce à un article sur ce site ?

 Mais, autant le dire, ils ne sont pas passés loin de la catastrophe en termes d’image, la faute à ma mémoire un peu défaillante…

Alors, certes, je le savais, j’en étais même sûr, que j’avais ces catalogues dans ma collection. Et comme c’est bien classé, il ne m’a pas fallu longtemps pour les exhumer. Mais, pour moi, il ne s’agissait que d’un énième préparateur des années 80 sur base Mercedes, comme il en existait tant alors. Certains ont survécu, souvent au prix de leur indépendance : Lorinser, AMG, Brabus… D’autres ont sombré après avoir osé commercialiser -fort chèrement- ce que le bling-bling des eighties a pu produire de pire, je pense notamment à Carlsson, et surtout à Sbarro (même si survivant) ou Koenig. C’est précisément dans cette seconde catégorie que je classais -à tort- Duchatelet, m’apprêtant à vous produire un « Une auto, un morceau » déjanté à la mode Skoda Coupé 130 R ; j’avais même la musique bien décalée pour vous l’illustrer, et j’avais déjà en tête mon image header IA, avec puits de pétrole en arrière-plan et émirs aux poches débordant de pétro-dollars, le doré remplaçant toute touche chromée sur la W126.

J’ai découvert Duchatelet (et ses coordonnées…) dans les Hors Série « Toutes les voitures du monde » (ici L’Automobile Magazine 84/85), lecture dont j’étais friand à l’époque. (collection personnelle)

Tout ça, c’était avant que je me plonge vraiment dans mes catalogues puis les vidéos que j’ai pu trouver pour illustrer l’article. Avant que je découvre le claim/logo « the best car in the world », qui m’a rendu un peu ironique avant que j’en comprenne l’esprit. Avant, surtout, que je prenne le temps d’appréhender vraiment la philosophie de Duchatelet, qui faisait partie des quelques artisans que pouvait alors compter la Belgique automobile. Certes, ils exportaient principalement vers le Golfe et la Californie. Mais, quand on regarde la qualité du travail qui est fait, la dextérité des ouvriers, alors on comprend mieux pourquoi ce « transformateur » (ce n’est pas péjoratif) a fait partie des « happy few » à être agréés par le Constructeur. Pour aller au-delà de la froideur technologique d’une Mercedes, et sublimer cette perfection en allant tutoyer LA référence, Rolls-Royce, dans ce qu’elle avait de plus abouti subjectivement : une ambiance, du cuir (pas n’importe lequel), du bois… Une chaleur qui n’avait rien de germanique, il faut bien l’avouer.

Et même si l’accessoirisation extérieure fait très datée et pas toujours du meilleur goût, même si l’intérieur peut sembler surchargé sur certaines propositions, on aboutit quand même à un produit soigné et très haut de gamme. Je vous laisse en juger par vous-mêmes : place aux images, toutes issues de documents reçus en 1986, donc.

Catalogue de présentation de l’entreprise : historique, philosophie, méthodes de travail, produits… (à feuilleter en cliquant sur les flèches à gauche en bordure de cadre pour faire défiler) (collection personnelle)

Dossier de Presse ( ? ) dans toute sa simplicité brute d’époque, simplement tapé à la machine ! (à feuilleter en cliquant sur les flèches à gauche en bordure de cadre pour faire défiler) (collection personnelle)

J’ignore les chiffres de production mais les marges générées étaient visiblement suffisantes pour leur permettre de se doter d’outils de communication sur papier glacé, correspondant aux différents produits.

Duchatelet communique sur 2 niveaux de transformation : la personnalisation (la plus aboutie), et l’accessoirie, plus accessible, à laquelle est consacré un catalogue « gamme » entier. La frontière entre les deux est parfois subtile… (collection personnelle)

Fort logiquement et intelligemment, la 190 d’accès à la gamme pouvait aussi passer entre les mains de Duchatelet. (collection personnelle)

Les transformations extérieures n’étaient pas sans rappeler la fameuse version hautes performances 2.3-16. (collection personnelle)

La vitrine de l’entreprise était bien sûr la Classe S W126 (berline), même si le Coupé C126 pouvait lui aussi passer entre les mains expertes des professionnels maison. (collection personnelle)

Dépliant « gamme » en pochette cartonnée présentant les 3 déclinaisons de personnalisation sur Classe S (avec ou sans chauffeur, et Coupé). Notez l’utilisation du nom « Cullinan », bien longtemps avant… Rolls-Royce. (collection personnelle)

Autre dépliant « gamme ». Outre les constantes cuir et bois, Duchatelet propose tout ce qui est imaginable à l’époque en termes d’électronique embarquée, à commencer par la TV. (collection personnelle)

On trouve quelques vidéos de la fin des années 80, dont j’ignore la source pour la plupart. Elles témoignent du caractère très artisanal (dans le sens noble du terme) de la production.

Ce reportage de M6 constitue la seule trace francophone que j’ai pu retrouver. (source : youtube.com/@streetrider1958)

Vidéo intéressante car elle montre l’étendue du possible de Duchatelet : au-delà de la personnalisation sur base Mercedes, l’entreprise peut rallonger ou rehausser les voitures, intervenir aussi sur Porsche 911… et même sur les jets ! (source : youtube.com/@PatinaCollective)

Vidéo qui met plus l’accent sur le travail artisanal, ainsi que sur une autre activité de Duchatelet : le blindage… (source : youtube.com/@MercedesClique)

Signe révélateur de la qualité de ses productions, Carat Duchatelet existe toujours (sans son « by ») et continue ses transformations d’excellence, à découvrir sur son site.

Pour l’accompagnement musical, comme je vous le disais en introduction, il m’a fallu revoir mon plan initial et abandonner le titre « déjanté » qui ne rendait pas vraiment honneur au travail qualitatif de Duchatelet.

Très logiquement, j’ai ensuite imaginé matcher avec un morceau belge. Et là, les choses se sont gâtées, car les productions du plat pays pendant les années 80 ne sont pas si diversifiées si l’on veut trouver quelque chose qui s’harmonise un tant soit peu avec ce morceau de noblesse automobile. Muriel Dacq ? Léopold Nord & Vous ? Trop mainstream. Le « Moskow Discow » de Telex ? Intéressant mais un poil trop décalé et kitsch. J’ai continué à chercher. J’ai fait un tour par la cold wave, en redécouvrant que Front 242 et SA 42, que j’écoutais un peu dans cette folle époque de créativité foisonnante qu’était la fin des années 80, étaient belges. Ça aurait pu coller avec la froideur technologique de Mercedes, mais justement c’est le côté que gommait Duchatelet ! Et pour faire le tour de la belgitude des années 80, je suis même allé jusqu’à la new beat, du pas inintéressant « C in China » du clown triste Confetti’s à l’excellent mais oublié « Eighty Eight » de Public Relation, en passant par le cultissime « Ibiza » d’Amnesia. Rien qui aille vraiment avec la philosophie de la voiture.

Et puis je me suis souvenu que je m’étais dit qu’il serait sympa de réhabiliter Christopher Cross, à l’occasion. Et tant pis pour l’inspiration musicale belge ; mais finalement, je m’imagine plutôt bien en train de cruiser sur la côte californienne (un des domaines de prédilection des Duchatelet) avec « Ride like the wind », ce morceau de yacht rock (si si, apparemment ça existe…) sirupeusement diffusé par l’installation hi-fi haut de gamme de la W126. Allez, c’est vendu, avec son emblématique flamant rose (présent sur la plupart des pochettes de ses albums) en prime.

Je pense que beaucoup de gens de ma génération connaissent cette musique, mais beaucoup moins l’histoire derrière. Celle d’un talent, avec une voix très caractéristique, trop vite monté au firmament dès son premier album avec 5 Grammy Awards en 1981. Plus dure, violente et rapide sera la chute. L’arrivée de MTV redéfinit les critères de succès avec une place de plus en plus importante des vidéo clips, du look et du storytelling des artistes ; par malheur, Christopher Cross ne rentrera jamais dans ces cases. Pire, aucun de ses albums suivants ne connaîtra le succès ; en grande partie ruiné par des mauvais choix, il en sera réduit à devoir tourner dans de toutes petites salles pour en vivre, devant toujours reprendre les 5 seuls morceaux vraiment connus par le public, et étant souvent la risée de spectateurs cruels prompts à brûler les idoles hier adulées. Ayant vendu les droits de ses morceaux il y a belle lurette pour l’aider à rembourser ses dettes, il continue encore à se produire, à 74 ans.

Pour ma part, dans l’ignorance de tout ça à cette époque, j’ai apprécié sa musique, sa voix et ses arrangements notamment pendant la seconde moitié des années 80, et je l’assume encore aujourd’hui. Et même s’il est texan et non californien, je suis quand même plutôt « raccord », niveau période, avec mon récit automobile du jour. De toutes façons, n’est-il pas un peu intemporel ?

Il a plutôt bien vieilli, musicalement, pour un morceau de 1979, non ? Par contre, je ne connais pas de version longue convaincante, qui amène quelque chose de plus… (source : youtube.com/@christophercrosshq)

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