UNE AUTO, UN MORCEAU : PANHARD & YVETTE HORNER « BY JEAN-PAUL GAULTIER »
Panhard, ou le parfum d’une certaine France et d’une certaine époque, de l’insouciance de ses guinguettes, avec l’incontournable
et sémillante Yvette Horner venue voir les autos, et son complice Jean-Paul Gaultier, songeur… et qu’importe l’anachronisme !
(image générée par IA)
Un nouvel article un peu particulier car, une fois n’est pas coutume, je vais m’éloigner des années 80 et 70 et remonter encore un peu plus le temps, pour vous parler d’une défunte Marque française restée dans les mémoires comme originale – et un peu kitsch : Panhard. Niveau musique, pas évident d’y associer un morceau qui figure dans mes tablettes ! Faire un grand écart temporel tout en préservant un trait d’union : je relève le défi…
Tout a commencé voici quelques mois par un appel de mon ami Fabrice, qui connaît bien mes passions automobiles. Il me propose alors d’accéder à des archives abandonnées dans un coin oublié des parties communes de sa nouvelle copropriété, et de l’en « soulager » sous peine de bennage définitif et irréversible. Il m’a d’emblée annoncé la couleur : mono-marque Panhard. Autant dire qu’en tant que sauveteur du patrimoine dans l’âme, et collectionneur invétéré de papier ancien, mon sang n’a fait qu’un tour. Et si en plus je peux rendre service à un ami…
Après rapatriement à la maison, j’ai soigneusement trié, pièce par pièce, ce gros carton. J’en ai extrait tout ce qui faisait sens pour rejoindre ma collection de catalogues ; quant au reste, la majeure partie, je m’apprête à le transmettre à Jean, un de mes ex-intervenants du CNVA qui, historien émérite de l’automobile notamment pour toute la période pré-ma naissance, devrait en faire le meilleur usage. Il s’est avéré, à l’étude de ce fonds documentaire, que cette accumulation mono-thématique avait un sens ; j’ai en effet découvert que son propriétaire n’était autre qu’Etienne de Valance, ancien responsable Communication et Presse de Panhard et qui avait consacré une grande partie de sa vie à cette Marque. J’ai su ensuite par Fabrice qu’il avait quitté son logement dans cette résidence quelque temps auparavant, puis j’ai appris en rédigeant cet article qu’il est décédé en octobre 2025 à 95 ans après une vie riche et intense de « Car Guy » visiblement « Forever ». Il me semble dès lors normal de dédier cet article à sa mémoire !
N’ayant pas connu, et pour cause, cette période nettement antérieure à mon arrivée babillante dans les rues motorisées, je n’ai aucun souvenir particulier de Panhard à vous partager. Je sais juste qu’il s’agissait d’une Marque originale voire novatrice, notamment à travers sa réflexion avant-gardiste sur l’emploi de l’aluminium dans la construction des carrosseries, mais aussi (et c’est lié) sur la légèreté qui trouvera son application dans des participations opiniâtres aux 24 Heures du Mans. Elle a notamment laissé dans l’Histoire la Dyna X, au style tellement chargé qu’il sera affublé du surnom de « Louis XV », la Dyna Z devenue PL 17 (sans doute la plus connue et la plus répandue), et la 24 dont le modernisme n’arrivera pas à la sauver du rachat de la Marque par Citroën, puis son extinction.
Sur ce, place aux images ! Et que l’on me pardonne par avance d’éventuelles approximations chronologiques malgré mes recherches, les documents n’ayant pas toujours d’éléments permettant de les dater précisément…
Le plus ancien des documents « modernes » : un dépliant très pastel, voire naïf, de la « Dyna » de 1957,
qui deviendra par la suite PL 17 puis 17 tout court… (collection personnelle)
La logeabilité et le volume du coffre sont déjà mis en avant, à l’aide d’une échelle trompeuse des personnages… (collection personnelle)
… au point de prendre quelques libertés (merci le dessinateur) avec la réalité et d’accentuer visuellement l’espace aux jambes AR
et surtout un coffre « jumbo » ! (collection personnelle)
D’après d’autres sources, il semblerait que ce catalogue du Break date de 1960… (collection personnelle)
Son principe est simple : illustrer à travers différentes saynètes et différents volets la polyvalence de la voiture, du travail en semaine
aux loisirs le week-end. Des décennies plus tard, on n’a rien inventé d’autre niveau storytelling… (collection personnelle)
Couverture du dépliant de la PL 17 1962. (collection personnelle)
Un moteur présenté comme « increvable », bien que, même si… je vous en reparle un peu plus bas… (collection personnelle)
60 ans avant le « Citroën Advanced Comfort », Panhard mettait en avant l’option « Relmax » avec une promesse de confort accru… (collection personnelle)
Des visuels du plutôt rare Cabriolet… (collection personnelle)
… ainsi que des peu répandus (de nos jours) utilitaires. (collection personnelle)
Tarif 1962. On voit l’option Relmax ainsi que… les ceintures de sécurité en option ! (collection personnelle)
1963, de loin le plus ancien argumentaire Produit que je possède ! Sans doute diffusé en amont du lancement de la 24 (comme le laissent supposer les photos prises en atelier de pré-séries), il est numéroté et nominatif, sans doute pour préserver encore le secret.
(à feuilleter en cliquant sur les flèches à gauche en bordure de cadre pour faire défiler) (collection personnelle)
Couverture « sol lunaire » du catalogue 1964 de la 17. (collection personnelle)
Un sou est un sou ! Au moins les finances sont-elles -déjà- un sujet commun… (collection personnelle)
Plus valorisant que de vendre des garnissages différents : proposer une montée en gamme de sièges. (collection personnelle)
Le volume du coffre continue à être mis en avant, d’autant que la roue de secours, ayant migré sous le capot AV,
l’a libéré de son encombrement. (collection personnelle)
Le tarif 1964, qui prévoit même les pneus à flanc blanc en option. (collection personnelle)
Etienne De Valance passait-il ses vacances en Bretagne ? Toujours est-il que, sous sa probable direction, le catalogue 1965 de la 17
prend une coloration marquée. (collection personnelle)
Ciel « changeant » de rigueur… (collection personnelle)
L’espace aux jambes AR est mis en avant, quitte à régler le siège conducteur au maximum, c’est de bonne guerre… (collection personnelle)
Bon, là, la ficelle est franchement grosse… (collection personnelle)
Ambiance bucolique, cirés et marée basse ! Une mise en scène sur la plage totalement proscrite de nos jours pour une voiture.
(collection personnelle)
La présentation gamme de 1965 est exhaustive, incluant Break… (collection personnelle)
… fourgonnette… (collection personnelle)
… et même Coupé CD. (collection personnelle)
Couverture du catalogue 1965 des 24 b et bt. (collection personnelle)
Ne pouvant, à cause de Citroën, décliner son Coupé en berline, Panhard va, en désespoir de cause, créer une version à empattement rallongé qu’il va très curieusement dénommer « Berline », d’où le « b » de « bt ». (collection personnelle)
Structurellement, cela reste un Coupé 2 portes, mais qu’importe. Le storytelling, notamment à coup de plaques d’immatriculation, fera le reste, une recette que l’on retrouvera bien plus tard quand, au hasard, Citroën voudra nous persuader que la C4 Cactus n’est plus un SUV mais une berline -sans tellement plus de succès commercial. (collection personnelle)
La couverture du catalogue 1966 de la 24 ct. (collection personnelle)
Une vision un peu datée du rapport à l’automobile… (collection personnelle)
… du rapport au tabac… (collection personnelle)
… et du rapport homme/femme et femme/automobile ! (collection personnelle)
Couverture du dépliant 24 de 1966. (collection personnelle)
Couverture du catalogue 1967 de la 24, bien dans son époque au niveau graphique. (collection personnelle)
Autre image très en phase avec son époque, que l’on pourrait croire extraite d’un film. (collection personnelle)
Toujours dans le même catalogue, un changement d’ambiance complet dans cette tranche de vie provinciale, avec Type H dans le décor. (collection personnelle)
Je trouve ces détails esthétiques (à droite) furieusement Citroën… les phares sous glace seront d’ailleurs repris par la DS.
(collection personnelle)
Une languette papier rajoutée à la va-vite précise quels modèles sont ou non disponibles. Pas pro… ça sent la fin. (collection personnelle)
J’ai également récupéré des fiches cartonnées datables de 1967 et extraites d’un classeur, curieusement annotées en bas de page
« Destiné exclusivement au réseau Peugeot ». Elles présentent les particularités de chaque modèle par année… (collection personnelle)
… dont les points à vérifier, mais aussi… (collection personnelle)
… des prix de pièces et ce qu’on appelle aujourd’hui des « temps barèmes »… (collection personnelle)
… voire quelques autres informations sensibles : « ATTENTION : Pendant les 4 premiers mois de 1961, plusieurs milliers de PL 17 ont été livrées avec des pistons défectueux. » Vous vous souvenez du fameux moteur « increvable », plus haut ? (collection personnelle)
Et en cadeau bonus, des actions Panhard, ou des obligations, je ne sais pas trop, car il est question de dividendes
aussi bien que de coupons… (collection personnelle)
Bon, et la musique dans tout ça ? Autant dans cette rubrique je pars le plus souvent du morceau pour aller vers l’auto, autant là c’est l’inverse. Qu’associer avec ces Panhard des années 50/60 ? Edith Piaf ? Sylvie Vartan ? Charles Aznavour (qui a inspiré le claim de mon site) ? Pas dans mon répertoire tout ça…
En fait, j’ai rapidement eu ma petite idée après avoir décidé d’écrire cet article : Yvette Horner. Niveau chronologique, on est pleinement raccord. Niveau imagerie aussi : l’accordéon, les guinguettes… c’est français, ça se marie bien avec Panhard. Et puis surtout… il y a ce remix fait en forme de clin d’œil par son ami Jean-Paul Gaultier en 1989, dans son album « Aow tou dou zat » que j’avais (r)acheté à l’époque, en cassette. Pas un chef d’œuvre en soi mais certains des autres morceaux ne sont pas désagréables. Quant au côté original et décalé du couturier, il colle plutôt bien avec ces voitures qui flirtent parfois avec le kitsch.
Et cet album insolite, je l’ai toujours, après l’avoir pas mal écouté dans ces années-là. Il était dans la ligne de cette déferlante « house music » initiée en 1988 dans laquelle j’ai plongé tête la première, un héritage -entre autres- de Jean-Michel Jarre auquel j’avais été biberonné, mais aussi de toute une exploration électronique des années 80, de la new wave à l’italo disco. Quant à Jean-Paul Gaultier, je pense que sa fréquentation assidue du Palace des grands jours n’a pas été étrangère à ce « one shot » musical…
« It’s crazy with an accordeon »… C’est juste pour le clin d’œil, hein, pas pour la trace indélébile dans l’Histoire musicale !…
(source : youtube.com/)
Le morceau original qui s’appelait plus classiquement « How to do that ». Clip réalisé par Jean-Baptiste Mondino,
un autre des complices de Jean-Paul Gaultier et un des architectes visuels majeurs de la pop culture des années 80/90.
(source : youtube.com/@Agressor)
Pour moi le remix le plus réussi de l’album, le « Jacques Lacan Deconstruction Mix », très house ’88.
Et si vous en avez le courage, l’ensemble des remix est à l’écoute ici. (source : youtube.com/)
Et je ne saurais conclure sans remercier Fabrice pour m’avoir donné cette opportunité d’enrichir encore ma collection !