UNE AUTO, UN MORCEAU : CITROËN GS/GSA & VISAGE
Qui est le plus décalé ? Visage et ses silhouettes new wave ? Ou la Citroën GSA et son « tapis roulant », autre ovni des années 70/80 fidèle à l’esprit Citroën ? (image générée par IA)
La GS, devenue GSA par la grâce d’un ouvrant supplémentaire et d’un peu de cosmétique à base de plastique noir, fait partie de ces autos dont on a des souvenirs aussi bien dans les années 70 que les années 80. Longtemps ringardisée et tombée dans l’oubli, elle a fini par, timidement, remonter à la surface, surtout dans un petit cercle de passionnés ; il faut dire que l’absence de versions iconiques n’aide pas à la conservation de l’espèce…
J’ai des souvenirs, on peut aussi dire des évocations, de cette voiture sur une petite quinzaine d’années, ce qui correspond, en décalé, à la durée de sa carrière. Elle qui naquit GS 9 mois avant moi, et qui commença par me faire assez forte impression quelques années après, en étant la voiture d’un agent immobilier de l’Hérault que connaissaient mes parents. Alors un symbole de réussite !
Puis je garderai des souvenirs de soirées TV du dimanche devant le film de TF1 et surtout de l’écran pub qui le devance, vécu alors comme une distraction plus qu’une corvée, et qui passe notamment le spot GSA « bête de sécurité »… avec dans mes souvenirs une GSA qui descend une rampe de parking hélicoïdale sur 3 roues. Spot que je n’ai pas retrouvé, contrairement à celui avec les camions américains qui avait lui aussi impressionné l’enfant que j’étais alors…
Changement d’ambiance, quelques années plus tard. Manu, mon bon copain de lycée, en rachète une au milieu des années 80, une Phase 1 bleu passé pas franchement fraîche, comme première voiture sitôt son permis en poche et ses 18 ans à peine arrosés. Je ne goûterai pas très longtemps à son odeur de vieille voiture, car il ne mettra pas 3 mois à l’envoyer à la casse en s’endormant à son volant et en faisant un tout droit à la sortie de Moissac, conclu par un vol plané et un atterrissage sur le toit, miraculeusement sans dégât physique. Pas rancunier pour autant (comment aurait-il pu l’être avec une auto qui l’avait si bien préservé ?), il rachètera dans la foulée une GSA gris métal qui, sans être tellement plus moderne en termes d’image, faisait tout de même un peu moins datée. Je garde surtout de cette auto, que j’ai finalement assez peu connue, le souvenir de son confort, à défaut de dynamisme.
Mon dernier souvenir marquant remonte à la sortie d’ « Une époque formidable », de et avec Gérard Jugnot, un film qui m’a marqué, et dans lequel la GSA occupe un second rôle très symbolique, pour accompagner la descente aux enfers du héros, obligé de revendre son break Volvo statutaire pour racheter ce « déplaçoir » tout sauf valorisant. Une voiture directement associée à l’image d’un loser : clairement, la traversée du désert avait bel et bien commencé pour elle à cette époque.
Cette pauvre GSA, symbole -en 1991- de la perte de statut social de Michel Berthier dans « Une époque formidable », avait déjà bien vécu… (sources : testsbluray.com/imcdb.org)
Tandis que la CX a, grosso modo, plutôt bien traversé les années, sa petite sœur en réduction, qui avait préfiguré cette ligne spectaculaire, a beaucoup plus mal vécu une carrière elle aussi -bien- trop longue malgré un restylage de mi-parcours. 16 ans : aujourd’hui plus de 2 cycles Produit normaux dans cette industrie, et un symptôme de la difficulté d’absorption de Citroën par Peugeot, qui mettra -trop- longtemps à lui donner, avec la BX, une descendance.
Si la GS devenue GSA paraît démodée dans les années 80, de par sa forme et ses cotes, notamment en largeur, c’est oublier un peu vite que c’est une vraie Citroën qui ne se prive pas des singularités techniques chères à la Marque. Passons tout de suite sur l’anecdotique moteur à piston rotatif, pour souligner ses autres éléments de modernité : bien sûr l’emblématique suspension hydropneumatique, mais aussi les 4 freins à disque, et le singulier tableau de bord, en GS comme en GSA, ce dernier recevant en plus les originaux « satellites ».
La communication publicitaire, catalogues et films, sera majoritairement axée sur un positionnement de routière, d’abord avec l’argument du confort, puis ensuite celui de la sécurité, avec la suspension hydropneumatique pour fil conducteur. En 15 ans, les films publicitaires, souvent assez courts mais percutants, ont été nombreux !
La couverture du catalogue daté d’Août 1974, l’un des plus anciens de ma collection, certainement glané par mon père. Le marron tient la vedette… (collection personnelle)
Le catalogue met en scène la voiture comme une routière, hors autoroute encore peu développée. (collection personnelle)
Il n’hésite pas également à enchaîner les séquences champêtres et bucoliques, tel ce pique-nique, toujours avec la voiture orange, tellement 70’s… Vous auriez mis un pantalon blanc pour vous assoir sur l’herbe, vous ? (collection personnelle)
Une GS marron, sur une petite route qui sent bon la France profonde. Toute une époque… (collection personnelle)
Le marron est omniprésent, y compris à l’intérieur. (collection personnelle)
À l’époque, ça ne posait souci à personne de faire rouler une voiture sur la plage dans une pub… (collection personnelle)
Orange vif pour les versions « dynamiques », GSX et GSX2. (collection personnelle)
Finition haut de gamme Pallas avec l’option toit vinyle (rajoutée en traitement post-image ?) furieusement 70’s. (collection personnelle)
La licorne Birotor, un de mes graals automobiles. Pour sa rareté et son exotisme, pas pour sa complexité mécanique… Mais je doute franchir le pas un jour. (collection personnelle)
Ce qui s’appellera plus tard « C-Matic », une curieuse boîte auto simplifiée et dégradée. (collection personnelle)
Un film qui fleure bon les années 70 hippies… (source : dailymotion.com/@cenelux)
Autre film des premières années qui met clairement l’accent sur la largeur de gamme. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Même promesse sur ce film anglais qui assume toute sa brittanicité. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Docteur Jekyll et Mister Hyde pour ce film dédié à la GSX, de… 65 ch rappelons-le. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Et 2 GS pour le prix d’une… (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Difficile pour la pub GS de passer à côté d’une icône des années 70, les Shadoks ! (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Assez vite, la suspension hydropneumatique est mise en avant comme atout majeur de la voiture. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Ils avaient déjà de l’imagination à l’époque, avec le « test du cigare » !… (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
À la fin des années 70, Citroën se payait le luxe d’éditer une brochure en couleur pour lister tous les changements d’année-modèle. (collection personnelle)
Et voici donc ce qui concernait la GS en 1978, passée en Phase 2… (collection personnelle)
… puis en 1979. (collection personnelle)
1979 toujours, et son catalogue à la couverture hélas détériorée. (collection personnelle)
On osait la couleur automobile dans les années 70 ! (collection personnelle)
Paysages champêtres français tranquilles, avec toutefois l’incursion d’un visuel autoroutier. La GS continue à être positionnée en routière pour tous les terrains. (collection personnelle)
L’intérieur en tissu bleu, typique de cette fin des années 70/début des années 80. (collection personnelle)
Hormis le confort et la sécurité, un autre atout de la suspension hydropneumatique mis en scène ici : la capacité de franchissement. (source : youtube.com/@bouchecs)
Mais la sécurité devient progressivement l’atout majeur, dès avant la GSA. Vous avez déjà crevé sur un tesson de bouteille, vous ? (source : youtube.com/@britishnostalgia5876)
Et même sur 3 roues ! Une première pour la GS, mais déjà exploité par la DS si ma mémoire est bonne. (source : youtube.com/@jajaniono)
La thématique de la gamme présentée en chevrons est décidément en vogue dans ces années, ici pour la couverture du catalogue Utilitaires 1979… (collection personnelle)
… pour ce qui sera le dernier millésime de la GSpécial Entreprise. (collection personnelle)
Et voici un souvenir fort, marquant pour ma mémoire d’enfant, celui du lancement de la GSA en 1980 avec sa campagne « tapis roulant ». (collection personnelle)
Un univers graphique avec un parti-pris fort et très identifiable, qui sera décliné en print et en pub TV (cf plus bas). Un côté onirique marquant dans mes souvenirs d’enfant. (collection personnelle)
« Et voilà la sportive ». Pour les -toujours- 65 ch de la GSA X3, il fallait oser ! Dommage de passer sous silence que c’était alors l’une des voitures les plus aérodynamiques du marché…(collection personnelle)
Le spot de lancement, qui démultiplie l’idée créative « Elle refait la route » et a inspiré directement la vignette en tête de cet article. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Dans la foulée du spot de lancement et en en reprenant l’idée créative du « tapis roulant », un curieux spot qui s’essaie, sans vraiment oser jusqu’au bout, à la publicité comparative, un des fantasmes de ces années là. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
« La bête de sécurité », un spot marquant pour moi à l’époque. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Un spot allemand assez décalé qui essaie de vulgariser les sphères de la suspension hydropneumatique. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Un spot qui reprend en la poussant plus loin l’idée de la voiture avion, un peu comme la Renault 14. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Un spot anglais qui reprend l’idée quasi obsessionnelle -mais très visuelle et parlante- du pneu qui éclate pendant le roulage. (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Sous la bâche, la méchanceté de la X3… Bon, à vrai dire, on a un peu de mal à y croire ! (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Pour l’AM 1981, la thématique belles photos avec beaux paysages sur routes secondaires (pour la plupart) de notre beau pays reste de mise. (collection personnelle)
Avec la fin de la gamme GS restante apparaît pour l’AM 81 la version Special d’entrée de gamme. (collection personnelle)
Film dédié à la Special, et qui passe du « tapis roulant » au tapis volant. Plus kitsch, tu meurs… (collection personnelle)
Montre à aiguilles pour le milieu de gamme, et montre digitale pour le haut de gamme. Une illustration très parlante de la perception de la modernité à cette époque. (collection personnelle)
La version Entreprise est elle aussi passée en GSA. Pour illustrer ses capacités de tractrice, la voiture fait appel à un sport alors en plein boom, le vol à voile. (collection personnelle)
Couverture du dépliant gamme GSA 1982, qui met en avant l’apparition du moteur 1300 cm3 sur la finition Special, le 1100 cm3 étant désormais réservé à une nouvelle version « GSA » sans dénomination. (collection personnelle)
Couverture du catalogue 1982. (collection personnelle)
Même si la voiture avait déjà dépassé les 10 ans, sa planche de bord gardait encore une certaine dose de modernité, ou d’originalité, c’est selon. (collection personnelle)
La nouvelle motorisation de la Special lui a accordé en 1982 le privilège d’un feuillet tiré à part. (collection personnelle)
La série spéciale Tuner apparaît en Avril 1982. Mettant l’accent sur la hi-fi, très tendance dans ces années, elle est équipée d’un lecteur radio-cassette Philips à recherche automatique des stations (2 x 6 Watts), un ampli égaliseur, deux tweeters medium au tableau de bord, deux tweeters à l’arrière, un caisson de basse sous le siège conducteur, et un casque stéréo. (collection personnelle)
J’ai même le plan media ! Sur papier glacé, s’il vous plaît… (collection personnelle)
Citroën s’était fendu d’un spot didactique pour quelque chose qui nous paraît simple aujourd’hui… (source : youtube.com/@bouchecs)
La GSA avait d’ailleurs eu un spot mettant en scène un vrai orchestre ! (source : youtube.com/@Iloveyoungtimers)
Catalogue Utilitaires 1982. Notez les parcmètres et la cravate large… (collection personnelle)
Le dépliant Gamme GSA 1983, qui attire l’attention sur la nouveauté : la X1, qui est une X3 simplifiée tout en gardant son look. (collection personnelle)
Catalogue 1983. L’univers créatif change complètement, avec un fil rouge sous forme de personnages excentriques qui forment le « décor » de la voiture. Une brève (1 millésime) et incompréhensible inspiration qui sera reprise (consciemment ?) 30 ans plus tard par l’éphémère Directeur Marketing 2014-2015, Julien Montarnal, sans plus de succès. (collection personnelle)
Dépliant et catalogue 1984 : l’univers créatif change à nouveau complètement, pour passer en mode futuriste et digital, alors complètement d’actualité même si c’est aujourd’hui très daté. (collection personnelle)
1984. Autre série limitée (1 850 exemplaires) assez intelligente, surfant avant l’heure sur la mode du Break non utilitaire : la Cottage, avec son garnissage tweed spécifique. (collection personnelle)
Les catalogue Utilitaires 1983, 1984 et 1986 proposeront tous la même mise en scène de la GSA Spécial Entreprise… (collection personnelle)
… celle du « groom ». (collection personnelle)
Idem pour le dépliant 1985. (collection personnelle)
Couverture du dépliant 1985, toujours avec le même parti pris créatif. (collection personnelle)
1986 : dernière année pour la GSA qui cohabite avec la BX depuis déjà 3 ans. La fin de vie est imminente et la gamme est réduite à sa plus simple expression : Spécial (berline et break) et X3, et c’est tout ! (collection personnelle)
Pour un film pub aussi impactant (pour moi) que le « Elle refait la route/tapis roulant » du lancement de la GSA, je trouve le choix de la bande son aussi incompréhensible qu’affligeant : une sorte de country qui ne s’accorde absolument pas avec la voiture, ni avec l’univers créatif du film. 45 ans après, il était temps de réparer cette injustice et de lui associer une musique à la fois d’époque (sortie à peu près 1 an après la voiture), et porteuse du même futurisme que ce tableau de bord bien dans cette époque où Citroën s’autorisait encore beaucoup d’originalité.
« Fade to grey » fut le succès aussi (quasi) unique qu’incontestable du groupe britannique de new wave Visage, qui contribua en son temps à populariser la synthpop avec beaucoup de sonorités électroniques, encore peu répandues à l’époque (on est seulement fin 1980 !). Un morceau marquant pour moi dans la construction de ma culture musicale personnelle, et qui, je trouve, a plutôt bien vieilli, encore régulièrement diffusé et qui se laisse écouter avec plaisir. Un beau compagnon pour refaire la route en GSA !
Même si des versions longues existent, dont celle-ci, le morceau original se suffit déjà en lui-même en comportant l’essentiel des sonorités électroniques. (source : youtube.com/@VisageVEVO)
Vraiment excellent, bravo !
Peut-on imaginer aujourd’hui à l’ère du SUV, un véhicule d’une soixantaine de chevaux, 80 Nm de couple, des pneus de 145 de large qui marchait correctement et avait une tenue de route diabolique ?
En dehors du test du pneu éclaté, dans la vraie vie, la direction, pourtant non assistée, avait une capacité à garder le cap tout à fait étonnante qui sortira le conducteur de plus d’une situation scabreuse.
Merci Thierry !
Je n’ai -hélas- jamais essayé ce modèle. Mais en effet il avait une excellente réputation !