UNE AUTO, UN MORCEAU : ALFA 75 & GINO VANNELLI

 On a plutôt en tête l’Alfa 75 en rouge, mais pour s’intégrer à l’univers du clip « Black cars » de Gino Vannelli, elle doit être noire, bien sûr ! (image générée par IA) 

Qu’importe la stratégie Marketing discutable et peu lisible, la 75 aura réussi grâce à sa forte personnalité à marquer l’Histoire comme étant la dernière « vraie » Alfa pour un moment, juste avant que la Marque ne connaisse les joies de la standardisation « à la Fiat ». Il me fallait bien sûr l’associer à un artiste italien pur jus, pur Chianti… enfin, plutôt pur sirop d’érable !

Mais qu’a t’il donc bien pu se passer dans les cerveaux du Produit milanais pour dupliquer autant les dépenses de lires pourtant rares -chez eux- à cette époque et sortir deux berlines à la fois si différentes et si proches, de longueur quasi identique, à un peu plus d’un an d’écart, sur une base technique similaire ? Ce n’est même pas attribuable à l’échec -annoncé- de la 90, tant le délai de développement de la 75 n’est pas compatible avec une telle hypothèse…

Et pour ne rien simplifier, le patronyme « 75 » situe clairement la nouveauté un cran en dessous de sa sœur aînée, alors que les prestations n’ont rien d’inférieur, surtout à partir du moment, qui viendra très vite, où elle recevra les grosses motorisations. C’est à n’y rien comprendre, et d’ailleurs, les clients, les premiers concernés, n’y comprendront rien non plus, surtout en ce qui concerne la 90, qui n’a pas eu la grâce d’être dotée d’une vraie personnalité, elle. À croire que la notion de cannibalisation a été inventée exprès pour cette trouvaille stratégique ! À moins que ce ne soit de la micro-segmentation de marché consciente et assumée…

Bref. Si les têtes pensantes d’Alfa Roméo avaient été des as du Marketing dans les années 80, cela lui aurait peut-être assuré un destin différent. Toujours est-il qu’on se retrouve au printemps 1985 avec cette 75 qui vient doublonner la 90 déjà en Concessions depuis un peu plus d’un an, et dont le nom a été choisi uniquement en fonction d’une considération de Communication : la célébration cette année-là du soixante-quinzième anniversaire de la Marque.

Leaflet explicatif faisant je suppose partie du dossier de Presse (incomplet dans mon cas) de présentation de la 75. (collection personnelle)

Alfa Romeo est au plus mal, commercialement comme financièrement, mais visiblement il reste de l’argent pour cette célébration. En naîtra un long film tourné à Cinecitta avec un budget qu’on peut supposer conséquent, pour les 75 ans (même si ça n’apparaît nulle part) et pour le lancement de la 75 (même si sa mise en valeur reste à prouver).

On sent le Directeur de Com’ qui avait un bon gros budget dédié à dépenser absolument, moyen aussi de marquer son territoire… Au-delà d’une intention artistique « gratuite », sans aucun storytelling, ce film ne délivre quasi aucun message Produit.
(source : youtube.com/@ALFASUDregistro)

Comme pour la 90, un (vrai) film de présentation Produit est aussi réalisé, -un peu- moins pompeux, plus didactique.

Film très intéressant pour la place qui est encore accordée à l’époque à la main de l’Homme dans la gestation stylistique et le prototypage, même si on voit les premières utilisations de la CAO. Un univers semi-artisanal qui a bien changé depuis…
(source : youtube.com/@chellingworth)

Et donc, le 11 Mai 1985, c’est la présentation Presse sur le circuit d’essais de Balocco, avec pas n’importe quelles fées qui se penchent sur le berceau : Eddie Cheever et Riccardo Patrese, pilotes qui accompagnent cette année-là l’écurie de F1 Alfa-Roméo vers une saison vierge de points et un enterrement aussi sec. Quand ça veut pas…

À noter, comme dans la fin du film Cinecitta sus-cité, l’utilisation de la musique de Blade Runner ; le DirCom avait visiblement une (louable) sensibilité pour la musique électronique, qu’on retrouve dans les autres films corporate de l’époque.

Trois p’tits tours en crissant et puis s’en vont… (source : youtube.com/@alfone1973)

Le dépliant et le catalogue AM 86 font curieusement appel à des dessins pour illustrer l’auto. (collection personnelle)

Des crayonnés de style figurent, comme dans le catalogue de la 90. Contrairement à cette dernière, la 75 a une vraie « gueule », brutale, assumant et surexploitant les angles vifs, qui la sauvera en lui donnant une vraie personnalité parlant aux Alfistes. (collection personnelle)

La 1.8 Turbo apparaît courant 1986. Le dépliant spécifique est très didactique sur la suralimentation, technologie encore assez peu répandue sur les voitures de série. (collection personnelle)

L’accueil par la Presse fut bon, ce qui justifia ce leaflet. Même si la bête ne développait que 155 ch, son caractère n’était pas à mettre entre toutes les mains… (collection personnelle)

Première série spéciale avec la 1.8 HEL, qui met l’accent sur le look. (collection personnelle)

Le catalogue AM87 se singularise par sa double page d’ouverture qui, curieusement, met en scène une version aux boucliers non peints. (collection personnelle)

La nouveauté de ce millésime est l’apparition du moteur Twin Spark à double allumage, une spécificité propre, à l’époque, à Alfa Romeo. (collection personnelle)

Le lancement de la 2.0 Twin Spark, qui après tout ne développe que 7 ch de moins que la 1.8 Turbo, est suffisamment important pour justifier un spot TV. (source : youtube.com/@alfone1973)

Toujours en 1987, une série limitée Turbo Evoluzione est également proposée, dont je n’ai d’autre trace que cette double page. (collection personnelle)

1987 voit aussi l’apparition de l’America. Admirez la sellerie tweed lie de vin. (collection personnelle)

Les gros pare-chocs US de cette version étaient plutôt disgracieux. (collection personnelle)

D’abord lancée en V6… (collection personnelle)

… l’America accueillera ensuite rapidement -et curieusement- le 1.8 Turbo. (collection personnelle)

Le sport n’est pas oublié, comme caution de performance… (collection personnelle)

1987 encore, avec l’apparition d’une deuxième série spéciale dotée d’habillages intérieurs « précieux », « façon ronce de noyer », une manière plus valorisante de parler de Plasticus Vulgaris… (collection personnelle)

1989 voit l’arrivée d’un léger restylage dont les éléments sont détaillés dans le catalogue… (collection personnelle)

… ainsi que celle d’un 2.4 TD, l’offre Diesel performant faisant partie des marqueurs de la 75. (collection personnelle)

Cette gamme revue est l’occasion de trois nouveaux spots TV. (source : youtube.com/@vntg_network_1_1)

Dans celui-ci, je trouve que la voiture en dynamique a furieusement de faux airs de Giulietta… (source : youtube.com/@vntg_network_2_1)

Là, aucun doute n’est permis sur la vocation sportive de l’auto ! (source : youtube.com/@VitaDaCazzeggio)

Le dernier catalogue en ma possession, un AM 90/91 sur les versions hautes… (collection personnelle)

… qui fait notamment un focus technique sur l’architecture Transaxle (boîte de vitesses accolée au train AR) qui avait été peu mise en valeur jusque là. Mieux vaut tard que jamais… (collection personnelle)

Les deux moteurs de pointe gagnent en puissance pour la fin de vie de l’auto : 165 ch pour le 1.8 Turbo, 192 ch pour le V6 3.0 pourtant catalysé. (collection personnelle)

Pour accompagner musicalement l’Alfa 75, le « Black cars », succès « one shot » de Gino Vannelli, m’est de suite apparu comme une évidence. Pour la connexion avec l’automobile, bien sûr ; pour l’accostage temporel quasi parfait (le titre est sorti toute fin 1984) ; mais aussi pour le côté rock -et même synth rock, tellement 80’s- qui colle pas mal avec cette espèce de force brute qui se dégage de la voiture, et encore… pour le nom de l’interprète à consonance bien italienne qui claque bien et qui se marie parfaitement avec le Constructeur de Milan.

Ok, la chanson est en anglais. J’aurais du me méfier…

Je connais (et j’aime) ce morceau depuis sa sortie, il fait partie des premiers 45 tours que j’avais achetés à l’époque ! Et je ne m’étais jamais posé de question à son sujet. Néanmoins, on n’est jamais trop prudent, pour préparer cet article, je vérifie un peu le pedigree du Monsieur…

Et là… c’est le drame !

40 ans après, je découvre que Gino Vannelli est… Canadien (et même Québécois) ! J’ai beau fouiller sa bio de fond en comble, pas la moindre bribe d’italianité. Pas d’arrière grand-mère sicilienne, aucune connexion avec le vaste monde de l’italo-disco… Rien. Et pas plus de trace d’Alfa 75 vendue au Canada (alors qu’elle l’a été aux USA)…

Eh bien tant pis pour le mythe… pour moi, il restera quand même associé à l’Alfa 75, tabarnak !

Vous comprendrez mieux l’inspiration du visuel en tête d’article avec le clip. Et bien sûr, je vous conseillerai la version longue, par exemple par ici ou encore , les différents remix n’amenant néanmoins, à mon sens, pas grand chose par rapport à la version de base.
(source : youtube.com/@CrosscutFilmsSask)

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