LE MANS CLASSIC LEGEND 2026 : « ET JE REMETS LE SON !… »

Quand la Maréchaussée met la chasse aux contrevenants entre parenthèses pour prendre la pose devant deux avant-guerre… Il n’y a qu’au Mans qu’on peut voir ça ! (collection personnelle) 

Édition après édition des 24 Heures du Mans, l’impression est générale et partagée depuis le bord de piste : les autos font de moins en moins de bruit, les Corvette en étant une illustration caricaturale. Voir tourner un panel d’une quarantaine d’années de voitures d’Endurance était donc une bonne occasion pour confirmer « de auditu » ce ressenti. Rapport d’étonnement de mon premier Le Mans Classic, où il est question, et seulement pour le meilleur… de bruit, et d’odeur !

24 Heures du Mans 2026 : la course, le suspense. 350 000 spectateurs, record d’affluence, jauge maxi atteinte, sold-out. Une ambiance parfois difficilement respirable en bord de piste où cela ressemble souvent au cheminement laborieux d’un troupeau de pingouins sur la banquise, la réfrigération en moins (vous avez l’image ?).

Le Mans Classic Legend, 3 semaines plus tard : un spectacle, 0% enjeu, 100% plaisir. 160 000 spectateurs pour la plus grande satisfaction de l’Organisateur qui a fait le pari de dédoubler l’événement en scindant le plateau en 2 périodes et en le rendant annuel. Une sorte de « guerre » entre les anciens et les modernes, tout ce qu’il y a de plus pacifique. Les chiffres de fréquentation 2027 seront intéressants pour savoir si le pari est pleinement réussi. À voir l’engouement croissant pour les « youngtimers », néanmoins, j’ai ma petite idée, qui penche vers une moindre affluence. Mais la vraie question est la suivante : le cumul des deux éditions 2026 et 2027 parviendra t-il à dépasser les 238 000 spectateurs de 2025 ? Et ce de manière significative afin d’absorber des frais fixes plus importants puisque dupliqués ?

Toujours est-il que « l’expérience spectateur » en est transfigurée. Des déplacements piétons fluides à toute heure autour du circuit, la possibilité d’accéder au bord de piste immédiat en permanence… ça change la vie. Heureusement d’ailleurs sous ce soleil de plomb. On en vient à (re)découvrir des espaces et des points de vue devenus inaccessibles pendant l’épreuve reine.

Le saviez-vous ? Le virage de La Chapelle, situé entre la passerelle Dunlop et le Tertre Rouge, tire son nom… de l’édifice en surplomb qui existait déjà avant-guerre et a été reconstruit à 2 reprises, l’actuel datant de 2015. Une messe y est toujours célébrée chaque dimanche des 24 Heures ; en tout cas c’est la première fois que je le vois ainsi, aussi dégagé. Ne cherchez pas par contre la forêt des S du même nom contigus, ça fait hélas belle lurette qu’elle a été abattue sans être replantée… (collection personnelle)

Le temps en deviendrait presque suspendu, alors que l’on revoit des scènes à la fois intemporelles et progressivement disparues ces dernières années.

Les parkings ont longtemps été une des attractions des 24 Heures, mais moins ces derniers temps. (collection personnelle)

« La voiture de James Bond », comme dans « Camping »… (collection personnelle)

Exproprié depuis 2 ans par une « fan zone » pendant les 24 Heures, l’historique camping de La Chapelle, chasse gardée des Anglais, a fait son retour, et ses œuvres d’art aussi… (collection personnelle)

… le sens de l’auto-dérision anglais n’étant donc jamais très loin ! (collection personnelle)

Les navettes VIP, omniprésentes, étaient d’époque, avec 2CV (ultra majoritaires), Méhari, Combi VW, véhicules militaires WW2, et quelques autocars anciens tel ce Saviem magnifiquement restauré. (collection personnelle)

Beaucoup de choses à voir en dehors de la piste et 24 heures n’y ont pas suffi. Entre autres, des collectionneurs/clubs ont joué le jeu en convergeant vers cet événement, avec une grande variété de modèles et d’époques.

Présence en force du club BMW E24 et de leurs « shark nose » qui ont même eu leur créneau de roulage sur piste. J’ignorais qu’il subsistait encore tant de Série 6 en circulation en France, et surtout dans un aussi bel état ! (collection personnelle)

Peut-on dire que la Triumph TR7 est au coupé/cabriolet ce que l’Ami 6 était aux berlines ? Pour ma part, je le pense ! (collection personnelle)

Mais si on est là, c’est aussi pour voir des autos tourner, des « Legend » de l’Endurance ! À ce propos, on pourrait s’étonner que ce soit ma première édition du LMC alors que cet événement a débuté en 2002 et que je vais aux 24 Heures depuis… 1989 (assidument depuis 2001). Jusque-là, j’avais toujours entendu plein de monde m’en parler avec des trémolos dans la voix, au point de me faire culpabiliser : si je n’y allais pas, étais-je quand même un vrai fan d’Endurance, un pur et dur ? (spoiler alert : oui)

Il faut dire que des télescopages de dates avaient écarté l’idée un certain nombre de fois. La flemme aussi, je l’avoue, la proximité de dates avec les 24 Heures n’aidant pas. Combinée à une appétence plus que mesurée pour toutes les autos sportives plus vieilles que moi, ce qui écarte quand même un sacré plateau, au point d’en constituer une édition à part entière, la « Le Mans Classic Heritage » qui aura lieu en alternance avec l’époque moderne. Cette dernière étant à l’honneur pour 2026, plus d’excuse : il faut vraiment aller se rendre compte sur place !

Concernant le spectacle en piste, je dois avouer que je reviens avec un sentiment mitigé. L’ensemble proposé est une sorte de « digest » assez hétéroclite qui balaye 40 ans d’Endurance, avec certains plateaux assez aboutis, et d’autres qui ne font que survoler l’exercice, et, pour être honnête, une impression globale de trop peu, ou de pas assez, c’est selon. Au global, je rentre un peu frustré, en tout cas sans avoir ressenti une overdose de modèles plus divers et rares les uns que les autres au point de ne plus pouvoir en citer toutes les merveilles à la fin du week-end. Numériquement, l’événement représente environ 150 voitures inscrites (et un peu moins en piste en course – ce qui, sur l’ensemble du week-end, n’est pas un chiffre pléthorique), dont non moins de… 40 Porsche 911 et dérivés, soit un quart des engagés ! Je sais que cette auto a eu un rôle considérable et constant au fil des ans en Endurance, mais tout de même… il y a eu aussi beaucoup d’autres choses intéressantes en GT.

Ceci étant dit, voici mon analyse plus fine (et classée par ordre de préférence) plateau par plateau. Et, des fois que l’Organisateur lise un jour cette prose, j’accompagne chaque plateau de ma « wish-list », une « lettre au père Peter (Auto) » de toutes les voitures que j’aimerais voir tourner –en plus par rapport à cette année– à la prochaine édition du LMC Legend. Une source d’inspiration potentielle, on va dire… et sinon, oui, je sais qu’il y a aussi Goodwood. Jamais fait, moins facilement accessible, et complémentaire, à mon sens, avec des roulages qui, néanmoins, ne peuvent avoir autant de valeur symbolique que sur le circuit des 24 Heures.

– Mon coup de cœur : le plateau 9 (protos 2000 – 2005, GT 2000 – 2010)
Un plateau fourni (38 engagés) et varié.
Les + : la bagarre en piste, ils ne faisaient pas semblant. Voir pour la 1ère fois la Maserati MC 12 (qui chante bien). Ré-entendre le V10 Judd de la Dome. Ré-entendre une Corvette avec un vrai son de V8 US. Se souvenir que les 911 ont fait du bruit, un jour (mais pas celui d’avant, ni celui d’après).
Les – : la défection de la 2ème Maserati MC 12 le dimanche. Celle tout le week-end de la 2ème Audi R8 qui devait être pilotée par Pierre Fillon.
Wish-list : Bentley EXP Speed 8 – Saleen S7R

– Mon 2ème coup de cœur : le plateau 6 (protos 1972 – 1981, GT 1975 – 1984)
Un plateau encore plus fourni (53 engagés, digne d’une édition régulière des 24 Heures) et varié.
Les + : le nombre, la variété, une très belle évocation d’une époque que je n’ai connue globalement que par les livres, avec l’émotion du départ lancé samedi à 16h. La Lancia, belle et avec option lance-flammes la nuit. L’Aston, massive et bestiale, avec le même son que l’AMR1 qui lui succédera plus tard…
Les – : le niveau de pilotage (et donc de vitesse) très varié lui aussi… sans parler de fiabilité parfois aussi erratique.
Wish-list : Matra MS670 – Alfa 33 – Ferrari 365 GTB4 – Ferrari 312 – Gulf Mirage GR8 – Porsche 936 – WM – Alpine A441/442 – Rondeau – Ardex S80

– Le un peu déceptif : le plateau 10 (LMP1 2006 – 2012, LMP2 2006 – 2015, GTE 2011- 2020)
Que 23 engagés dont seulement 3 GT !
Les + : revoir les 908. Revoir la Lola Aston (qui a directement inspiré le logo de mon site ! – une des plus belles autos d’Endurance de tous les temps, sans parler du chant de son V12…)
Les – : être déçu par le bruit des 908, en retrait par rapport à mes souvenirs. Être déçu par la fiabilité et la performance des 908 V8. Être déçu par le plateau peu étoffé alors qu’il existe des protos intéressants sur cette période.
Wish-list : Audi R10/R15/R15+/R18 – Dome S102 – Epsilon Euskadi EE1 – Porsche RS Spyder – Aston Martin AMR-One – Toyota TS030 – Pescarolo 03 – Deltawing

– Le en demi-teinte : le plateau 8 (protos & GT 1994 – 1999)
24 engagés
Les + : la Panoz, toujours aussi sonore et… décalée, la McLaren F1 que je n’avais jamais vu (entendu) rouler.
Les – : un plateau fantôme en termes d’horaires, qui a tourné pendant le dîner, puis en pleine nuit, puis au petit matin. Autant dire que je ne l’ai quasi pas vu. Très peu de protos.
Wish-list : Venturi – Dauer Porsche – Toyota 94CV – Ferrari 333 SP – Jaguar XJ 220C – TWR WSC – Porsche GT1 – Joest Porsche WSC – Nissan R390 – Lister Storm GT – Toyota GT-One – BMW V12 – Mercedes CLK LM/CLR – Audi R8C – Audi R8R

– LA grosse déception : le plateau 7 (Groupe C 1982 – 1993)
16 engagés : un plateau famélique !
Les + : la magnifique et chantante Lola T92/10. Revoir une Rondeau en piste.
Les – : le plateau indigne de cette époque importante de l’Endurance, pourtant si riche en modèles de toute sorte. Comment arrive-t-on à faire rouler des 908, dont la procédure de démarrage s’apparenterait presque à celle de la fusée Ariane, et pas des Groupe C « rudimentaires » à châssis tubulaires et boîtes manuelles ? Et ce alors que j’ai vu rouler bien plus de Groupe C que ça dans les courses support historiques des 20 dernières années ?
Wish-list (copieuse, mais la période le justifie) : Ford C100 – WM – Lola T610 – Nimrod Aston Martin – March 82G/85G – Lancia LC2 – Jaguar XJR5/XJR6/XJR8/XJR9/XJR12/XJR14 – Toyota 85C/86C/87C/88C/89C/90C/92C/TS010 – Sauber C8/C9/C11 – Nissan R86/R87/R88/R89/R90 – Mazda 757/767/787/MX-R01 – Aston Martin AMR1 – Peugeot 905 – BRM P351 – Allard J2X-C

Au-delà de ces regrets, il n’en demeure pas moins que les différents plateaux ont, avec bonheur, réveillé mes sens. Mention spéciale au plateau 9, avec le départ de sa course 1 le samedi soir dans la ligne droite des stands : un choc auditif qui réconcilie avec la discipline !  De manière générale, les autos en piste ce week-end font, pour la plupart, un bruit bien sympathique, bien loin du souffle aseptisé dans lequel passent la majorité des Hypercar et GT3 pendant les 24 Heures actuelles. Nos oreilles ne nous trompent donc pas. Les autos sont devenues de moins en moins sonores au fil des ans, le plateau 10 plus récent écouté au même endroit que le 9 confirme d’ailleurs ce phénomène.

Au niveau auditif, Peter Auto nous a gâtés avec un cadeau bonus, un plateau entier consacré au NASCAR. Même s’il peut sembler incongru de faire rouler des autos conçues pour les ovales sur un tel circuit, personne ne semble avoir boudé son plaisir tellement un peloton de gros V8 atmos culbutés donne le sourire jusqu’aux oreilles – justement. De quoi faire oublier que le cahier des charges de ces autos ne comprenait assurément pas l’esthétique. Ni la consommation d’ailleurs, les autos tombant comme des mouches en panne sèche dans les derniers tours de la course 1…

Des stickers pour figurer optiques et calandres : typique des voitures de NASCAR. Et franchement laid… (collection personnelle)

Et puis il y a l’odeur. Celle-là aussi, on l’a oubliée ces dernières années. Cette odeur à la fois indéfinissable et caractéristique du bord de piste, du carburant spécial compétition dont les émanations sont exhalées en direct live pour tout spectateur assidu. Un peu comme quand on croise une ancienne sur la route et sa trace fleurant bon le carburant plombé (même s’il ne l’est plus…) Question de combustion, sans doute. Au Mans Classic, en plus d’en prendre plein les oreilles, on en prend aussi plein les narines. Et c’est bon !

Allez, vous prendrez bien quelques critiques ? Elles ne sont pas si nombreuses…

– Des courses pas toujours faciles à suivre en bord de piste, avec presque aucun écran et pas mal d’erreurs et d’approximations dans les commentaires, et de trop rares données chiffrées permettant de situer le niveau de performance par rapport aux temps de référence de Juin. Et pas toujours suffisamment de remise en contexte historique des autos, et de leur palmarès.

– Une répartition des courses discutable, avec un tiers d’épreuves majeures se disputant de nuit et aucune dimanche après-midi, alors que j’ai presque eu l’impression d’être le dernier et d’éteindre la lumière en quittant le circuit à 1 h du matin. On dirait que le public du LMC n’est pas du genre couche-tard (moyenne d’âge ?) et à veiller toute la nuit comme aux 24 Heures. Du coup, je suis dubitatif sur le fait de tourner devant des tribunes vides. Toujours est-il que, suivant les plateaux, nous n’avons pas vu plus de 2 courses, voire une (plateau 8, et encore, en pointillés).

– Un manque criant, par cette météo pré-caniculaire, d’ombrage tout autour du circuit et au cœur même du village, au point d’errer en recherche d’un endroit abrité pour pouvoir déjeuner. Décidément, et je le dis depuis des années, l’A.C.O. a eu la tronçonneuse facile mais le replantage beaucoup plus avare…

– Des prix adaptés à l’événement au niveau billetterie et parkings, mais inchangés en ce qui concerne le Food&Beverage, toujours aussi hors sol. Vu une formule entrée + plat à 45 € pour une tomate burrata et une entrecôte… Et ne jamais perdre à l’esprit que l’ACO prélève sa redevance de 10% sur chaque vente…

Pour le reste, c’est en effet une vraie expérience à faire. Comme je le disais en introduction, la moindre fréquentation change pas mal de choses. Mais l’absence d’enjeu sportif entraîne également un nouveau paradigme. Alors que les 24 Heures du Mans sont, les bonnes années, 24 heures de tension et de suspense, LMC est un spectacle bon enfant, à la carte, où chacun se compose son menu sans peur de louper quelque chose d’important. Je pense avoir été moi-même un spectateur différent, plus détendu.

En cette période de résultats d’examens, c’est donc pour moi une mention « bien, mais peut mieux faire ». À voir ce que sera le plateau dans 2 ans. Mes attentes seront forcément fortes, avec un enrichissement espéré. Il y a tellement de voitures à vendre régulièrement, aux enchères ou de gré à gré, que je n’ose imaginer qu’elles soient achetées juste pour prendre la poussière. En fonction, je reviendrai. Ou pas. En attendant, je vous laisse avec quelques derniers clichés inclassables !

Attention, OGM en approche ! Une réinterprétation moderne de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, avec cette LMP2CV, une 2CV fourgonnette qui reprend des gimmicks du sport proto. Espérons qu’elle ne finisse pas comme dans la fable… (collection personnelle)

Qui dit temple de l’automobile ancienne dit aussi, hélas, marchands du Temple, tel ce rétrofitteur allemand qui n’a pas hésité à massacrer ces pauvres 911 et Messerschmitt qui n’en demandaient pas tant. Pas prêts de remettre le son, eux ! (collection personnelle)

L’ACO mène depuis quelque temps une large (et sans doute lucrative) politique de produits dérivés. Voici donc les cosmétiques, qui ont fait l’objet d’une recherche poétique dans leurs appellations : « départ Le Mans », « lumière sur La Chapelle », « nuit à Mulsanne », « réveil au Tertre Rouge »… Dommage qu’ils ne m’aient pas consulté, j’aurais pu leur en suggérer d’autres encore plus authentiques, comme : « binouze au Village », « barbecue à Arnage », « bitture au Rush »… (collection personnelle)

Et pour ceux qui, à tout hasard, n’auraient pas « la rèf » du titre de l’article… (source : youtube.com/@hubertbrochoire)

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